Indexation des arts en mouvement : La mise en répertoire des arts du cirque

collectif de la bascule

Répertoire : Liste des pièces, des œuvres qui forment le fonds d’un théâtre et sont susceptibles d’être reprises. (Source : Le Petit Robert)

Dans le domaine des arts du spectacle, notamment le théâtre ou la musique, un répertoire est soit une liste d’œuvres de même nature, soit une liste d’œuvres associée à un interprète ou à un lieu de spectacle. Par extension, on parle de répertoire pour désigner l’ensemble des œuvres “classiques ”, au sens étymologique de digne d’être un modèle d’enseignement.
Le répertoire a une fonction documentaire et patrimoniale certaine, il permet de transmettre les savoirs et les techniques liées à une œuvre afin de pouvoir les reproduire. Le répertoire permet aussi de garder la trace et la mémoire d’une création.

Selon les disciplines, les méthodes de transmissions du répertoire sont différentes : en musique comme en danse, il existe un répertoire classique. D’abord transmis oralement, le besoin d’écrire la musique et puis la danse s’est rapidement fait ressentir. Les premières formes d’écriture de la musique sont apparues au 9ème siècle et ont connu de nombreuses évolutions pour arriver à l’écriture actuelle. En danse, la première écriture est apparue en 1650 avec la méthode Feuillet pour retranscrire la danse baroque.

Au 20ème siècle, d’autres systèmes de notations de la danse sont apparus, par exemple la notation Laban et la méthode Benesh.

En théâtre, la transmission du répertoire est bien plus simple : cet art se basant la plupart du temps sur des textes comprenant des didascalies, les œuvres ont pu facilement se transmettre à travers les générations.

En ce qui concerne les arts de la piste, on constate que le répertoire est très vague par rapport aux autres formes d’art. On peut se demander si ce n’est pas une volonté des circassiens de ne pas avoir de répertoire afin de préserver le caractère éphémère et l’interprétation d’un artiste.

Les premières formes de cirque existent depuis l’Antiquité et ont perduré au fil des siècles dans les foires et marchés d’Europe, mais c’est en 1768 que le premier spectacle de cirque moderne a été inventé par Philip Astley en Angleterre. Il créé un établissement d’entrainement équestre et de spectacle. Les spectacles sont constitués d’une succession d’exercices équestres entrecoupés de numéros de saltimbanques (acrobatie, jonglerie, danse sur corde…). Les costumes sont inspirés des uniformes militaires et la musique aussi.

astley

Pendant longtemps, le cirque a été un art familial. Les numéros se transmettaient oralement jusqu’à l’apparition des premières écoles de cirque, dans les années 70, qui a marqué une rupture avec ce mode de transmission. Aujourd’hui, les études réalisées sur le sujet et les avancées technologiques permettent de transmettre ce savoir de différentes manières.

L’artiste et chorégraphe aérienne Kati Wolf a adapté la méthode Benesh au cirque. Elle explique que le processus de création en cirque nait d’une idée, une construction mentale qui permet avec la pratique permet d’accéder à la mémoire corporelle. Cette construction est accompagnée de croquis, de notes qui permettent à l’artiste de mémoriser ses idées. Cependant, il s’agit en général d’un témoignage personnel incompréhensible pour un autre lecteur.

Habituellement utilisée en danse, la méthode Benesh est construite comme un alphabet, une écriture maniable avec des règles strictes de notation qui permet une grande liberté d’expression. Cette écriture intègre 4 dimensions : le placement et le mouvement du corps ; l’espace ; le temps, le rythme et la dynamique ; les objets et la relation de l’acteur avec l’objet. Le problème que rencontre cette méthode c’est qu’il s’agit d’une écriture assez longue, et la lecture est difficile et demande une formation pour la comprendre et la maîtriser.

chronophoto

La photographie et la vidéographie sont de plus en plus utilisées en cirque pour garder la trace d’une création. Elles peuvent servir à analyser et comprendre le processus de création d’un spectacle. Cependant, la photographie comme la vidéo constituent l’expression d’un point de vue, celui du photographe ou vidéaste, et il est difficile de rejouer une pièce d’après une captation vidéo, car elle ne retranscrit les intentions initiales de l’auteur et du metteur en scène. Filmer une création sert donc plus à l’archivage qu’à la réinterprétation, il faut cependant que la captation soit travaillée en amont avec le créateur du spectacle pour qu’il explique comment filmer l’œuvre.

Fin 2014, le logiciel open sources Rekall a été créé dans le but de documenter, analyser les processus de création et simplifier la reprise des œuvres. Rekall est applicable à l’ensemble des arts de la scène (théâtre, danse, cirque, marionnettes, performance…) et pour les installations interactives. Le logiciel permet de documenter un spectacle pendant les répétitions (aide aux régisseurs et aux techniciens), au moment de la création et pendant l’exploitation (aide aux artistes pour la reprise du spectacle), après la création (aide aux historiens et aux éditeurs pour analyser une œuvre). Le logiciel étant assez complexe, une formation est nécessaire pour le maîtriser.
MemoRekall, une version abrégée de Rekall, permet d’annoter des captations vidéo pour réaliser des webdocumentaires autour d’une œuvre en agrégeant différents documents et en les commentant. Cette version simplifiée de Rekall permet une utilisation collaborative par le grand public ou des scolaires.

Mais, doit-on répertorier le cirque ?

Il existe bien des manières d’écrire le cirque, mais on constate que le répertoire circassien est encore très vague. On peut se demander si ce n’est pas une volonté des circassiens eux-même de ne pas en avoir ? Est-ce que le répertoire n’enlèverai pas le caractère éphémère de cet art, et sa magie ? En parlant de magie …


Sources :

Kati Wolf, « Un répertoire pour les arts du cirque », Parcours découvertes édités par HorsLesMurs, 2015 – http://horslesmurs.fr/?p=9697

Kati Wolf et Agathe Dumont, « Memento n°3 : Quand le cirque rencontre la danse », HorsLesMurs, 2011 – http://rueetcirque.fr/app/photopro.sk/hlm/detail?docid=206573#sessionhistory-ready

Photo : Collectif de la bascule / The Vicissitude of a Tar, Plate 6 – Mr Ducrow (1793-1842), London, around 1840 / Etienne-Jules Marey et Georges Demenÿ – 1890 – Collections La Cinémathèque française

Video : Yann Frisch – Baltass

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *