Google, le blacklistage et la censure

Google, comme tout moteur de recherche, a des règles concernant l’indexation et le référencement des sites web. Les sites Internet présents sur Google doivent correspondre à des critères précis et lorsqu’ils ne sont pas respectés, le célèbre moteur de recherche n’hésite pas à appliquer des sanctions. Celles-ci se déclinent en plusieurs types : automatiques ou manuelles, avec différents degrés de gravité. La sandbox, la blacklist, le déclassement, la baisse de page rank sont des exemples de pénalités que Google peut appliquer. Il existe également des algorithmes ayant pour but de dévaloriser les sites voulant “tricher” ou n’ayant pas assez d’intérêt pour les internautes. Les sites qui dupliquent du contenu, qui achètent des liens, qui n’indiquent pas les mentions légales ou encore qui manquent de notoriété sont ainsi concernés par ces algorithmes. Parmi toutes ces pénalités, la blacklist est une des plus graves.

Etre blacklisté : signification, conséquence et solutions

La blacklist (ou liste noire) est une des sanctions les plus radicales appliquées par Google en cas d’abus ou de comportement non conforme à ses conditions d’utilisations. Cette sanction peut être appliquée juste sur une URL (sur une seule page d’un site) ou sur le domaine entier. Elle n’est pas définie dans le temps et dépend de la malhonnêteté de la faute.

Concrètement, le fait d’être blacklisté entraîne la désindexation d’une page (ou d’un site web entier) de Google, ce qui ne permet plus aux mots clés associés d’être positionnés dans les moteurs de recherche. La conséquence de cette pénalité est la baisse certaine du nombre de visites, voire de la mort complète du trafic sur le site en question. Pour un site commercial, l’impact sur sa réputation peut être énorme : il peut perdre la confiance de ses consommateurs.

Néanmoins, la disparition d’un site dans l’index Google ne veut pas forcément dire que celui-ci a été blacklisté. Des facteurs techniques peuvent intervenir : si des modifications ont été opérées sur un site dynamique contenant de nombreuses pages, il se peut que le crawl (action d’un moteur de recherche pour le référencement et l’indexation des informations contenues dans un site web) n’ai pas pu se faire sur certaines pages par exemple. Si le serveur a fait l’objet d’une panne dans les mois précédents, il se peut également que le robot du moteur de recherche n’ai pas pu indexer les pages du fait de l’inaccessibilité du serveur.

Pour savoir si un site web a réellement été blacklisté plusieurs méthodes de vérification sont possibles :

  • vérifier l’état de la barre du pagerank : une barre grisée peut exprimer un site blacklisté
  • faire une recherche dans la barre de recherche Google avec l’opérateur “site” suivi de l’URL du site (par exemple “site:www.nomdusite.com”) ou avec l’opérateur “info” (“info:www.nomdusite.com”). Si ces requêtes obtiennent des résultats, cela signifie que le site recherché est toujours indexé. Dans le cas contraire, c’est que le site est blacklisté.

Le blacklistage est lié, d’une part, aux techniques d’optimisation pour les moteurs de recherche, aussi appelé SEO (Search Engine Optimization), c’est-à-dire l’ensemble de techniques mis en place afin d’optimiser la visibilité d’un site web par les moteurs de recherche. Si cette sanction est appliquée, cela veut dire que certaines techniques frauduleuses ont été utilisées dans le but d’augmenter la visibilité d’un site web. Le spamdexing et la cloaking sont par exemple des techniques consistant à tromper les moteurs de recherche sur la qualité d’une page ou d’un site afin d’obtenir un bon classement dans les résultats. D’autre part, le blacklistage est attaché au contenu même du site. En cas de publication de contenu illicite (sites pédopornographiques, arnaques, etc.), Google se réserve le droit d’appliquer cette sanction.

Lorsqu’un site est blacklisté, une notification est envoyé sur le compte Google WebMasters Tools l’avertissant de sa pénalité. Si le webmaster considère qu’il y a erreur ou qu’il a supprimé les éléments de son site qui posaient problème, il peut faire une demande de reconsidération via son compte Google WebMasters Tools. La vidéo suivante, créée par Google, explique comment corriger les problèmes sur son site et en demander la réintégration dans l’index, dans le cas d’erreurs ou de fraude involontaire.

Afin de limiter les risques de subir une sanction de la part de Google, ce dernier propose des conseils (ou plutôt des consignes à suivre) aux webmasters.

Le blacklistage et la loi

Face à la gravité d’être blacklisté, quelques questions se posent : Google a-t-il le droit de sanctionner un site ainsi ? Quelle est la légitimité pour un moteur de recherche de prendre une telle décision ? Que dit la loi sur ces pratiques ?

Conformément aux principes de procédure civile et pénale française, tout moteur de recherche est dans l’obligation de respecter une décision d’un juge et donc de blacklister un site jugé comme illicite par ce dernier. Toute personne peut demander (sur le fondement de la loi pour la confiance dans l’économie numérique) que l’accès à un contenu illicite soit rendu impossible. Dans ce cas, le moteur de recherche peut être contraint de suspendre l’accès au site en question.

Lorsque un moteur de recherche « blackliste » un site, il est important qu’il puisse démontrer clairement et facilement ses raisons, auquel cas le site malencontreusement blacklisté peut demander réparation du préjudice sur le fondement de l’article 1382 du code civil. Il lui suffit en effet de prouver la faute du moteur de recherche pour obtenir réparation à hauteur du préjudice prouvé. Cette réparation peut s’élever à des montants exorbitants.

Ainsi, la loi est du côté des moteurs de recherche concernant le fait de blacklister un site, mais ceux-ci se doivent de s’appuyer sur leurs conditions générales d’utilisation scrupuleusement rédigées, d’analyser de façon minutieuse et documentée les comportements des sites à blacklister et de conserver tous ces éléments afin de prouver la légitimité de leur décision en cas de contestation.

Vers la censure ?

Au vu de son positionnement et de sa puissance au niveau du marché mondial, Google se doit d’être encore plus vigilant que les autres moteurs de recherche dans ses pratiques. En effet, le moteur de recherche pourrait être accusé de mettre en avant ses propres services au détriment des autres, et toute politique de blacklistage de sa part pourrait être interprétée comme un abus de position dominante. C’est d’ailleurs ce que lui reproche l’Europe, qui, depuis 5 ans, prépare un procès pour abus de position dominante.

Sans aller jusqu’à parler de censure, il est certain que les moteurs de recherche ont un pouvoir important sur l’information qui sillonne le web. Pouvoir qui grandit depuis le début de l’année 2015 avec la parution par le Gouvernement au Journal Officiel du décret n° 2015-125 du 5 février relatif au blocage des sites provoquant à des actes de terrorisme ou en faisant l’apologie et des sites diffusant des images et représentations de mineurs à caractère pornographique. Ce décret permet à l’OCLCTIC (Office Central de Lutte contre la Criminalité liée aux Technologies de l’Information et de la Communication) de notifier aux moteurs de recherche les sites accusés d’inciter au terrorisme et ceux diffusant du contenu à caractère pédopornographique afin qu’ils soient bloqués. Cette mesure est enclenchée par la voie administrative, c’est-à-dire que l’approbation d’un juge n’est pas requise. Une fois le moteur de recherche prévenu, celui-ci a 48 heures pour prendre « toute mesure utile destinée à faire cesser le référencement de ces adresses ». Les sites concernés par cette mesure seront redirigés vers une page du ministère de l’intérieur expliquant les raisons de sa disparition.

Capture d'écran de la page de redirection du ministère de l'intérieur. Source : https://www.les-crises.fr/5-sites-censures-en-france-pour-apologie-du-terrorisme/#!prettyPhoto

Capture d’écran de la page de redirection du ministère de l’intérieur. Source : https://www.les-crises.fr/5-sites-censures-en-france-pour-apologie-du-terrorisme/#!prettyPhoto

Certains sites de propagande terroriste pourront tout simplement être désindexés sur ordre policier, disparaissant ainsi complètement du web. Le décret inclut tout de même la possibilité d’avoir accès à un recours, en cas de blocage perçu comme abusif. De plus, une vérification trimestrielle sera effectuée par l’OCLCTIC afin de vérifier si les sites présentent toujours un caractère illicite. Si ce n’est plus le cas, le site sera retirée de la blacklist et sont accès sera rétabli dans les 24 heures.

 

Ainsi, dans l’ensemble, nous pouvons voir le blacklistage comme une action positive car il permet en même temps de détecter et de sanctionner les sites qui tentent de frauder et de se retrouver en haut des résultats sans avoir de contenu en réelle adéquation avec la recherche de l’internaute, tout en bloquant les sites à caractère illicite. Néanmoins, nous pouvons nous demander si Google n’est pas un peu trop puissant concernant le contrôle de l’information. Nous pouvons imaginer que la liste des sites à bloquer tend à se rallonger, englobant de plus en plus de contenu considéré comme “illicite”. Le fait de ne plus passer par la décision d’un juge pourrait entraîner une surabondance de sanctions abusives. La question est de savoir si ces mesures visant à “protéger” les internautes ne sont pas une atteinte à la liberté d’expression et si elles ne tendent pas à un contrôle total de l’information.

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